FRANÇOIS BAYROU l'a promis : 2006 sera pour les centristes «l'an I de l'autonomie». L'UDF proclamera son indépendance à Lyon, les 28 et 29 janvier, à l'occasion d'un congrès extraordinaire où les militants seront appelés à valider la stratégie de leur chef.

Ce calendrier, Bayrou ne l'a pas vraiment choisi. Si cela n'avait tenu qu'à lui, l'ex-candidat à la présidentielle aurait même volontiers attendu avant de se lancer à nouveau dans la course. Mais à force de réclamer une «clarification», Gilles de Robien a précipité les échéances. L'unique centriste du gouvernement comptait sur la «base» pour ramener le patron de l'UDF dans le droit chemin majoritaire. Il demandait qu'une seule question soit posée à tous les militants : «Ferons-nous alliance avec l'UMP ou avec la gauche PS-PC ?»



François Bayrou a refusé tout net de circonscrire le débat à ce choix binaire, mais après réflexion, il a accepté le principe de la consultation. La logique de la compétition présidentielle l'aurait tôt ou tard obligé à sortir de l'ambiguïté. La lecture des derniers sondages réalisés sur sa stratégie l'a incité à franchir le pas dès le début 2006. Dans l'enquête BVA réalisée les 9 et 10 décembre pour Le Figaro et LCI, 47% des personnes interrogées, et 52% des sympathisants de l'UDF, encourageaient le parti centriste à «s'opposer à la politique actuelle du gouvernement». 55% des Français disaient préférer que l'UDF et la majorité gouvernementale soient indépendantes l'une de l'autre et 47% approuvaient le vote contre le budget 2006, ce dernier chiffre montant à 62% chez les sympathisants de l'UDF.

Mais l'opinion est changeante. Le leader centriste a donc décidé de profiter de ce contexte favorable, au grand dam de Gilles de Robien. Ayant obtenu le résultat exactement inverse de ce qu'il espérait, le ministre de l'Éducation a finalement renoncé à soumettre sa question aux militants.

Le parti n'ira ni à droite ni à gauche

Ses amis justifient sa marche arrière par les conditions d'organisation du vote, en assurant qu'il ne «sera pas démocratique». Mais leur vrai problème est ailleurs : comment rester membres d'une formation qui se coupe un peu plus chaque jour de son électorat traditionnel ?

En novembre, quand pour la première fois de la législature, seize députés centristes ont voté contre le budget 2006, tandis que treize autres s'abstenaient, Gilles de Robien n'a pas été le seul à s'inquiéter. Les régionales puis les européennes de 2004 ont démontré que l'UDF pouvait certes attirer les mécontents de droite, mais pas séduire les déçus de gauche. C'était l'avantage et l'inconvénient de camper aux frontières de la majorité. Aujourd'hui, François Bayrou s'apprête à donner à ses fidèles le signal du départ, sans leur avoir dit encore où il comptait les emmener. Tout ce qu'ils savent, c'est qu'ils n'iront ni à droite ni à gauche. C'est peu, pour un voyage qui doit durer plus d'un an.