Professeur de physique dans un lycée de Chantilly, Jean-Marc Euller s'est inscrit à l'UDF il y a trois ans, au lendemain de la présidentielle. Il fait partie des quinze jeunes UDF du département qui se retrouvent régulièrement pour un «apéro-débat». Il a un mouvement de recul quand on lui rappelle que plusieurs parlementaires UDF étaient prêts à participer à un gouvernement Sarkozy, si le président de l'UMP avait été nommé à Matignon, en juin dernier. Pour lui, le centrisme ne doit plus être une force d'appoint mais un point de ralliement : «30% des Français se disent centristes», assure-t-il, concédant que «la difficulté est de transformer ces sondés en électeurs UDF». Comme beaucoup d'autres, il voit au moins un avantage à la tentative d'OPA de l'UMP sur l'UDF, en 2002 : «Elle a entraîné le départ des UDF favorables à l'alliance avec le RPR.»

«Il fallait rompre avec l'UMP. Rien ne pousse à l'ombre des grands arbres», enchérit Patrick Lozes. Le président du Cran – Conseil représentatif des associations noires, créé en novembre pour établir un bilan des discriminations «ethno-raciales» en France – est un autre visage de l'UDF décomplexée. Les militants les plus récents sont aussi les plus déterminés. «Nous n'avons pas les moyens ni le savoir-faire marketing de l'UMP», concède l'un deux, résigné face à l'inflation des effectifs du parti sarkozyste. C'est dans les départements où les positions de l'UDF sont les plus fragiles que l'on croise les militants les plus acquis à ce nouvel hypercentre, théorisé par François Bayrou.



La position de Gilles de Robien analysée comme une manipulation de l'UMP

La Creuse, terre de gauche, en est un exemple. Alain Gribet, élu conseiller général en 2002, a rejoint l'UDF, quelques mois après son élection. Ce vétérinaire de 52 ans revendique une petite centaine d'adhérents : «Le problème de l'alliance avec l'UMP se pose pour les UDF qui doivent leur élection au report des voix UMP.» Il se dit d'ailleurs frappé de voir des gens s'intéresser à l'UDF depuis qu'elle affirme «haut et fort» son indépendance. «Ce qui domine dans ma fédération, c'est le ras-le-bol à l'égard de la guerre droite-gauche», ajoute-t-il.

Résumant le sentiment général à l'égard des critiques du ministre de l'Education contre François Bayrou, il ajoute : «On estime Gilles de Robien, mais, chez nous, les adhérents ont eu des mots très durs contre lui. Ils veulent qu'il arrête ses manoeuvres de déstabilisation. Il se fait manipuler.»

Attirer un centre gauche aux idées souvent proches

Dans le Val-d'Oise, Christophe Quarez, 44 ans, également secrétaire national de la CFDT, se voit lui aussi en terre de mission. La grande mue de l'UDF vers le plein exercice de son «libre arbitre» se fait en «combattant les habitudes et les réflexes de collaboration avec l'UMP». «Ceux qui ont été élus en 2002 l'ont été sur des accords caducs. La nouvelle stratégie de l'UDF vide de sens les projets d'alliance avec l'UMP», martèle un autre militant.

«L'ex-vassal» UDF trouvera d'ailleurs ses meilleurs appuis, selon Quarez, chez des électeurs du centre gauche, qui rejoignent «peu à peu» la planète Bayrou. «Nous partageons le choix de l'Europe fédérale, de l'économie sociale de marché, de la société civile et une tradition personnaliste du christianisme de gauche», résume ce cadre de Gaz de France. «Les quelques libéraux, anciens de DL, qui sont restés chez nous sont un peu désorientés», sourit-il. «Nous attirons de plus en plus les chrétiens de gauche, autrefois séduits par François Mitterrand ; notre ligne d'indépendance affirmée à Lyon va renforcer notre légitimité», affirme de son côté la présidente de la fédération des Vosges, Nathalie Mercier-Madiod.

Valérie Rabassa, fonctionnaire européenne, a quitté l'UMP pour l'UDF dans le Lot-et-Garonne. Elle n'est pas hostile à une alliance entre François Bayrou et Dominique Strauss-Kahn. Mais elle verrait bien aussi un axe Bayrou-Sarkozy : «Pourquoi pas ? Pour l'instant, nous affirmons notre liberté. Mais, avec l'UMP, nous pouvons nous retrouver plus tard.»